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Une grave histoire de gravure

Figure 1 : Moissanite synthétique de 1.37 ct déposée comme un diamant au laboratoire pour analyse.

Le Laboratoire Français de Gemmologie a récemment analysé une pierre incolore, déposée par un client professionnel pour effectuer un rapport de gradation diamant. Dès les premières analyses effectuées, il s’est avéré qu’il ne s’agissait pas d’un diamant et plus encore, qu’il renfermait des « surprises », véritables preuves des arnaques présentent sur le marché des gemmes actuellement.

Les premières analyses que subissent les gemmes au LFG sont : la pesée et la prise de photographies. La pierre en question pèse 1.37 ct (soit 0.27 g), est ronde et mesure 7.39 – 7.41 x 4.43 mm (figure 1). Par un calcul simple, en prenant les dimensions et la densité du diamant (3.52) : (D/2)2 x h x d x 0.00696 avec D le diamètre, h l’épaisseur et d la densité soit (((7.39+7.41)/2)/2)2 x 4.43 x 3.52 x 0.00696 = 1.48, nous nous attendons à ce que la pierre pèse 1.48 ct. La masse réelle (1.37 ct) ne correspond pas à la masse estimée (1.48 ct), calculée s’il s’agissait d’un diamant. La pierre analysée ne peut donc pas être un diamant.

La densité estimée peut être calculée facilement en prenant la densité du diamant, la masse réelle (1.37 ct) et la masse estimée (1.48 ct) : (3.52 x 1.37) / 1.48 = 3.26. La densité estimée de la pierre est donc de 3.26 ce qui correspond à celle d’une moissanite synthétique.

De plus, en prenant les premières photographies de la pierre, un doublage très important est nettement visible par la table (figure 2). Fait plutôt rare car les moissanites synthétiques sont généralement taillées avec l’axe optique perpendiculaire à la table pour ne pas voir le doublage par la table et ainsi imiter plus facilement le diamant. Il faut donc observer la pierre dans toutes les directions pour voir le doublage.

Une analyse en spectrométrie Raman a permis de confirmer que la pierre est une moissanite synthétique. Nous en identifions quelques dizaines par an au laboratoire, déposées par des clients pensant qu’ils sont en possession de diamant (la moissanite synthétique est un conducteur thermique comme le diamant et réagit donc comme ce dernier au conductimètre thermique).

Figure 2 : Doublage des arêtes nettement visible par la table et caractéristique de la moissanite synthétique (largeur de champs : 4.2 mm env.).

Figure 3 : fausse gravure IGI avec un numéro de rapport d’analyse d’un diamant sur le rondiste poli de la moissanite synthétique (largeur de champs : 2.2 mm env.).

En poursuivant les investigations par observation de la pierre, nous découvrons qu’une gravure est apposée sur le rondiste poli de la pierre (figure 3 ; le fait d’avoir un rondiste entièrement poli est très fréquent sur les imitations du diamant). Cette gravure indique IGI 262779654. Elle correspond au logo utilisé par le laboratoire IGI sur ses rapports et sur leurs gravures. En faisant une recherche sur le site pour vérifier si un rapport a été édité sur cette moissanite synthétique, nous nous sommes rendu compte que ce numéro de rapport correspondait à un rapport de gradation diamant réalisé en 2017 par ce laboratoire sur une pierre ronde de 1.31 ct G VVS1 de dimensions 7.25 – 7.30 x 4.12 mm. La masse et les dimensions indiquées sur ce rapport ne correspondent pas tout à fait à celles de la moissanite synthétique (1.37 ct et 7.39 – 7.41 x 4.43 mm).

Ce cas de fausse gravure correspondant à un vrai rapport est très préoccupant, il est la preuve d’un acte volontaire de faux et d’arnaque. La personne mal intentionnée n’a pas poussé le vice jusqu’à trouver exactement une pierre du même poids ou des mêmes dimensions. Il aurait été difficile de trouver une pierre de même poids et de mêmes dimensions à cause de la différence de densité entre le diamant et la moissanite synthétique.

Heureusement, une observation minutieuse et précise des gemmes, dans toutes les directions, permet dans la plupart des cas de mettre en évidence la majorité des imitations du diamant.

Ce type d’arnaque renforce la nécessité d’un laboratoire compétent pour analyser vos pierres lors d’achat ou de vérification de gemmes (en toute sécurité).

 

A.Delaunay, directeur du Laboratoire Français de Gemmologie, a.delaunay@lfg.paris

S.Leblan, Responsable perles, Laboratoire Français de Gemmologie, s.leblan@lfg.paris

A.Herreweghe, Responsable diamants mêlés, Laboratoire Français de Gemmologie, a.herreweghe@lfg.paris

S.Karampelas, Responsable de Laboratoire, Laboratoire Français de Gemmologie, s.karampelas@lfg.paris

B.Meslin Sainte Beuve, Gemmologue, Laboratoire Français de Gemmologie, b.meslinsaintebeuve@lfg.paris

LUNDI DE PENTECÔTE - FERMETURE DU LABORATOIRE FRANÇAIS DE GEMMOLOGIE

Le LFG sera fermé le lundi 24 mai 2021

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